Histoire

Abel Tasman
Les premiers colons polynésiens seraient arrivés en Nouvelle-Zélande (appelée alors Aotearoa) il y a plus de 1000 ans. Les implantations maories étaient déjà répandues sur la plus grande partie du pays au XIIe siècle. En 1642, le navigateur hollandais Abel Tasman aperçut Aotearoa. Oeuvrant pour le compte de la Hollande, Tasman lui donna le nom de «Nieuw-Zeeland». Mais ce n’est que 127 ans plus tard, soit en 1769, qu’un capitaine de la marine britannique, Un portrait de James Cook James Cook, devint le premier européen à fouler le sol néo-zélandais. Les insulaires qui habitaient le pays, les Maoris, n’apprécièrent pas trop leur premier contact avec les Anglais. À son retour en Angleterre, Cook fit part de ses découvertes, notamment au sujet des énormes richesses en bois et en poissons. Londres mit au point un plan de colonisation et créa la New Zealand Compagny (1758). Des chasseurs de baleines et des aventuriers s’installèrent dans la région de Bay of Islands au nord de l’île du Nord et y instaurèrent la loi du plus fort. Les affrontements entre Européens et Maoris devinrent si violents que la région eut la triste réputation d’être «le trou d’enfer du Pacifique».

James Cook
En 1840, survint enfin un terrain d’entente entre les Européens et les autochtones : ce fut le traité de Waitangi, signé entre les Maoris iwi (tribus autochtones de Nouvelle-Zélande) et la Couronne britannique. Ce traité déclarait que la Nouvelle-Zélande devenait un territoire britannique, mais garantissait en contrepartie certains droits aux Maoris, notamment des droits de propriété sur «leurs» terres. Le traité de Waitangi fut rédigé à la fois en anglais et en maori, mais il comportait d’importantes différences selon la version. Cette gravure en bronze commémore la signature du Traité de Waitangi 6 février 1840. Par exemple, la version maorie ne cédait aux Britanniques que le «droit de gouverner», alors que la version anglaise parlait de «souveraineté» proprement dite. Dans ces conditions, les Maoris et les Britanniques ont interprété le traité en fonction de leurs intérêts respectifs, c’est-à-dire de façon inconciliable. Tandis que les Maoris ont considéré le traité comme une forme de partenariat, les Britanniques l’ont perçu comme la prise en compte d’une nouvelle colonie. Or, le gouvernement britannique n’a jamais ratifié le traité de Waitangi qui, de nos jours, passe pour une «manoeuvre politique frauduleuse», car les chefs maoris n’ont signé que la version maorie.

Waitangi
Par la suite, toutes les décisions politiques des Britanniques d’Australie se sont fondées uniquement sur la version anglaise du document. La version originale du Traité de Waitangi Évidemment, le traité de Waitangi n’a pas réussi à assurer quelque paix que ce soit, puisque les conflits commencèrent immédiatement après sa signature. D’une part, Maoris et Britanniques interprétèrent différemment les clauses du traité, d’autre part, l’arrivée massive de colons européens mécontenta les Maoris qui subirent ainsi d’énormes pressions pour céder leurs terres. Dans les faits, le traité servit à spolier les Maoris de leurs terres. L’entente reconnaissait à l’origine 66,4 millions d’acres de terres aux autochtones, mais 38 ans plus tard il ne leur en restait plus que 11 millions. Les Maoris appelèrent raupatu le mécanisme de dépossession de leurs terres par des moyens qu’ils estimèrent illégaux: c’était d’abord la confiscation pure et simple, puis l’achat des terres à des prix ridicules, suivi de la création forcée des «réserves maories». De plus, les fameuses «réserves maories» étaient contrôlées par des administrateurs de la Couronne afin de promouvoir officiellement l’établissement des Maoris. En général, le gouvernement louait à perpétuité les terres maories aux colons à des prix inférieurs aux taux du marché. Tous les Maoris furent assujettis à la raupatu. Pendant que les Maoris restaient confinés dans l’arrière-pays à une vie de misère, le pays fut colonisé au profit des Britanniques, surtout des Anglais, mais aussi à l’avantage des Écossais, des Irlandais et des Gallois. La population maorie ira en décroissant durant tout le XIXe siècle.

Le traité de Waitangi
Logo du tribunal Waitangi La Nouvelle-Zélande devint un État indépendant de la Grande-Bretagne en 1907. Après la Première Guerre mondiale, la «question maorie» refit surface, surtout au cours des années trente. Le militantisme maori s’intensifia au début des années soixante. Les principales revendications des Maoris portaient sur la restitution des terres reconnue dans le traité de Waitangi (1840). Un tribunal Waitangi fut créé en 1975 afin d’étudier leurs revendications concernant les terres et leur dédommagement, et de formuler des recommandations à ce sujet. Ce tribunal possédait les pouvoirs d’une commission d’enquête, qui furent renforcés en 1985 par l’adoption du Waitangi Amendment Act (Loi modifiant le traité du Waitangi). Le tribunal Waitangi était constitué de membres de la magistrature de la Nouvelle-Zélande, d’Aînés et de chefs maoris, ainsi qu’un certain nombre de participants maoris et non maoris. Bien que les recommandations du tribunal ne soient pas exécutoires, elles ont permis de faire avancer le débat. Par exemple, le gouvernement de la Nouvelle-Zélande a reconnu que le système de la raupatu constituait une violation du traité de Waitangi.
Au début des années quatre-vingt-dix, d’énormes portions du territoire australien firent l’objet de réclamations auprès des tribunaux. La plupart des litiges concernaient les nombreuses terres appartenant à l’État. En 1994, un accord entre les Maoris de Waikato et le gouvernement permit de régler de nombreux litiges avec des tribus particulières. Cependant, les progrès apparurent fort lents, ce qui fit réapparaître la contestation maorie, cette fois avec une certaine violence. En fait, la contestation maorie remettait en cause les institutions néo-zélandaises et revendiquait la «souveraineté maorie» avec comme point de départ la restitution des «terres spoliées» par les colons britanniques au cours du XIXe siècle. Pour le gouvernement australien, le traité de Waitangi ne reconnaissait aucunement un quelconque droit à l’autodétermination, encore moins un droit à la sécession, ce qui remettrait en cause l’existence même du pays.
Finalement, le 22 mai 1994, James Bolger et Dame Arkinui Te Atairangikaahu (reine des Tainu), la plus importante fédération tribale maorie, signèrent un accord réglant les litiges concernant quelque 50 000 hectares de terres saisis illégalement par les colons européens au cours des années 1860. Cet accord comprenait des remboursements ainsi que la restitution des terres contrôlées par le gouvernement d’une valeur estimée à 116 millions de dollars US.

Guerriers maoris
Toutefois, la question maorie semble se poursuivre, car les Maoris sont aux prises avec de nombreuses difficultés telles que le taux de chômage élevé, une criminalité peu enviable, l’abandon scolaire généralisé, la violence familiale endémique, etc. Par ailleurs, une raison de leur droit sur les terres issu du traité de Waitangi, les Maoris refusent que le gouvernement adopte une loi garantissant l’accès au littoral à tout citoyen néo-zélandais. Le gouvernement de la Nouvelle-Zélande s’était engagé à verser un règlement global (connu sous le nom d’«enveloppe fiscale») de l’ordre de un milliard de dollars néo-zélandais, ce qui excluait l’indemnité versée aux tiers. Ce règlement a, lui aussi, fait l’objet d’un litige. Les Maoris considèrent cette somme «artificielle» et «insuffisante». Le gouvernement actuel a fini par supprimer le «plafond» sur les ententes, mais son souvenir constitue encore pour les Maoris une menace.